Samedi soir, nous allions manger un succulent ragout de chevre dans le vieux Quito et dimanche, c'etait J-7 avant le retour au bercail! Nous avons passe une matinee ensoleillee a poursuivre notre visite du centre historique de la capitale. Sur la place de l'eglise Santo Domingo, belle et originale, nous commencions par assister a un spectacle de marionnettes en plein air. Tout le public, de 7 a 77 ans etait emerveille. La Plaza Grande ou de la Independencia, nous offrait un panorama interessant: au sud, la cathedrale, pas chargee et propice au recueillement. Enfin, pas chargee du point de vue des decorations uniquement car bien qu'il y ait le dimanche une messe toutes les heures, il y avait pas mal de fideles; au nord se trouve le palais presidentiel, surplombe du drapeau equatorien: jaune, bande plus large que les suivantes et representant la richesse du sol equatorien, bleu, couleur de l'immense ocean qui borde le pays et rouge pour le sang verse par son peuple lors de sa lutte acharnee et glorieuse pour son independance. Toujours sur le flanc nord, le palais de l'archeveche, converti en commerces et enfin nous allions savourer une exposition de cliches sur des moments de vie dans differents pays du globe, dans le centre culturel metropolitain. Dans les rues, aucune voiture ne circule, mais de nombreux velos! Tous les 15 jours, le dimanche, c'est privilege et exclusivite aux amateurs de bicyclette...
Allons maintenant visiter la Merced, ou la encore de nombreux fideles assistaient a la messe. Sur la place San Francisco, une equipe de tournage etait en train de realiser un film. Nous rentrions dans le monastere San Francisco pour assister a un veritable spectacle. Les fideles sont agglutines et continuent d'entrer, un grabaterre est agenouille au milieu d'une allee bondee et prie, un ado s'endort, adosse contre un mur, sa casquette rouge retournee en rappeur et son tee-shirt jaune fluo de l'equipe de foot du pays, des pauvres vetus en haillons, des enfants, des gens assis et debouts serres les uns contre les autres, les yeux fermes, recitent leur priere a voix haute.
Nous allions ensuite visiter la Basilica del Voto Nacional, elle aussi en plein office mais bien moins populaire. En chemin, nous pensions gouter une mini peche puisque les equatoriens les appellent "durazno" (peche) mais ce sont en fait nos bons vieux abricots. On se disait bien que ca y ressemblait! Apres ce petit tour, nous percevions encore mieux la raison pour laquelle ce centre historique est classe au patrimoine de l'UNESCO depuis 1978.
Pendant le repas, derriere les vitrines du fast-food, des jeunes gens se pressaient pour regarder un match de foot, le sport national. A nos cotes, les supporters tapaient du poing sur la table en commentant l'action avec passion.
Dans les rues, c'etait distribution gratuite d'eau minerale. Nous retournions a Santo Domingo pour prendre le trolet mais avant nous nous laissions ravir par un concert de musique typique en plein air. Un air de cumbia, melancolique, un style qui nous enchantait deja lors de longs trajets de bus car les chauffeurs adorent, du folklore avec la flute de pan en bambou appelee le rondador, le charango, la guitare, la voix du chanteur,... Nous n'avons as eu droit a un air de pasillo, qui lui vient de la valse et est en fait la vraie musique du pays. Pour seule contribution, les spectateurs devaient venir jeter leurs dechets dans la grosse poubelle que la presentatrice deposait face a eux, une education a la proprete et a l'environnement qui porte ses fruits dans cette ville. Nous grimpions donc dans le trolet pour aller poser le pied dans les deux hemispheres simultanement. Si, ca se peut si l'on se trouve sur la ligne qui separe le monde en deux, la ligne de l'equateur, qui a d'ailleurs donne son nom au pays!
Dans le trolet, un petit garcon haut comme trois pommes, deja marque par la vie, entrait en hurlant des phrases qu'il repete sans doute a longueur de journee: "achetez mes bonbons, s'il vous plait, pour que je mange aujourd'hui..." Kindie lui a offert ses lunettes de soleil qui ont fait le tour du monde: "un regalo para tu!" ("Un cadeau pour toi!") Il avait un sourire qui valait mille "gracias". C'est trop dur tout ca... Nous ne nous y habituerons jamais!
A la mitad del mundo (le milieu du monde), nous disputions tous les deux un combat: le combat nord-sud, de chaque cote de la fameuse ligne. Guillaume etant ne a la Reunion, il defendait le sud et Kindie, l'ardechoise, defendait le nord. Il n'y a pas eu de vainqueur mais le pull de Guillaume a beaucoup souffert!
Cette ligne equinoxale qui marque le milieu du monde, la latitude 0º, 0', 0'', fut decouverte en 1736 par le francais Charles-Marie de la Condamine. Cette decouverte donnait aussi naissance au systeme metrique et mettait en lumiere que la Terre n'est pas parfaitement ronde. Elle possede effectivement un renflement a l'equateur! Nous faisions de l'equilibre sur la ligne comme des gamins puis Charlie et Angie posaient pour eterniser cet instant memorable. "C'est qui?" Nous demandait un petit americain aux cheveux noirs et boucles, tres intrigue par notre demarche...
_ Lui, c'est Charlie et elle, c'est Angel, sa femme!
La, les parents nous regardaient comme des echappes de l'asile! Alors Guillaume de rajouter: "et ils voyagent autour du monde!" WAHOU! Ont-ils acquiesce... OUF!
Nous nous dirigions finalement vers la vraie mitad del mundo. Oui, car celle-ci, c'etait l'historique, calculee sans GPS et notre francais, bien que plutot fortiche en mathematiques, s'est legerement "plante" de 240m. La vraie se trouve donc a 240m, dans le museo Solar Inti Nan. Quelle chance pour ce musee lorsqu'on est venu lui dire qu'en son plein centre passait la ligne equinoxale calculee avec GPS. Nous avons d'abord beaucoup appris au sujet des differentes cultures indigenes et voici quelques histoires que nous voulons vous faire partager: les Quitus-caras (civilisation presente avant les incas) ne mangeaient pas les cochons d'Inde mais les gardaient avec eux a l'interieur de la maison pensant que ces petites betes avaient le pouvoir de les prevenir si le mauvais esprit etait present dans le corps d'un invite qui penetrait les lieux. Dans ce cas, ils poussaient des cris: "cuy, cuy!", d'ou leur nom. Les cuys avaient aussi la vertu de guerir. Lorsqu'une personne etait malade, on lui passait le cuy sur le corps pour qu'il prenne le mal puis on le tuait et on l'ouvrait en 2. La partie qui etait malade dans la bete etait celle qui etait malade chez la personne. Nous avons aussi decouvert la civilisation indigene des Chuars qui vivent encore au nombre de 60000 dans l'Oriente (la partie Amazonienne de l'Equateur). Ils avaient a l'epoque une pratique particuliere pour se souvenir de leurs defunts: ils reduisaient leur tete. Pour cela, ils extrayaient l'interieur pour ne garder que la peau et ils la faisaient bouillir puis secher. Ensuite, ils cousaient la bouche et les yeux afin que l'ame ne puisse pas s'echapper pour se venger. Les tetes reduites s'appellent tzantzas. Ils faisaient de meme avec leurs ennemis, en guise de trophee de guerre, ils accrochaient la tete a l'entree de leur maison. Nous nous sommes reessayes a la sarbacane comme nous l'avions fait avec les aborigenes de la jungle malaisienne. Il y avait aussi la peau d'un anaconda de 7m, un bebe migale de la taille de la main de Kindie (a l'age adulte, elle fait 2 fois cette taille), une tortue geante des Galapagos decedee, qui a vecu une bonne partie de ses 175 annees de vie au musee et 2 boas enormes!
Passons maintenant a la partie experimentale, sur la ligne equinoxale! Nous nous sommes regales! D'abord l'ecoulement de l'eau. La guide a pris une bassine remplie d'eau et l'a placee a 3m au sud de l'equateur, l'eau s'est ecoulee dans le sens horaire. A 3m au nord, c'etait dans le sens oppose. Et sur la ligne de l'equateur, incroyable: l'eau s'est ecoulee sans tourner... Et biensur avec la meme quantite d'eau et la meme bassine. Selon les chercheurs, la force de Coriolis ne peut s'exercer sur de si petites etendues d'eau et cette difference de rotation d'ecoulement depend de la plomberie, des remous de l'eau, de la force du contenant, etc... Mais alors?... En tout cas, on a vu ce phenomene de nos propres yeux et videos a l'appui. Puis la guide a demande a Guillaume de tendre les bras en les joignant devant lui. Ils etaient alors dans l'hemisphere sud. La, elle essaie de les baisser, Guillaume force, elle n'y arrivera pas. Allons desormais sur la ligne et faisons exactement la meme chose, eh ben, Guillaume, qu'est-ce qui t'arrive? T'as plus de force? Oui, on n'y croyait pas, on a fait l'experience 2 fois de suite mais force est de constater que sur la ligne, il y a des choses etranges qui se passent. Kindie a fait une autre experience: les bras tendus de chaque cote, les yeux fermes, elle avancait un pied devant l'autre essayant de garder l'equilibre. Dans l'hemisphere nord: pas de probleme. Maintenant sur l'equateur, eh ben, qu'est-ce qui se passe Kindie? Tu ne tiens plus debout? Oui, sur l'equateur, on a une perte d'equilibre du au fait que la force de la pesanteur est moins elevee. D'ailleurs, sachez qu'a l'equateur, on pese un peu moins! Et mettre un oeuf en equilibre sur un clou, c'est possible de partout dans le monde mais de la a ce qu'il reste des minutes entieres sans tomber, c'est tout autre chose. Ce ne fut pas evident mais on y est arrive! L'oeuf n'est pas tombe, a l'equateur les forces s'equilibrent. D'ailleurs il n'y a jamais eu de cyclones ou de tornades ici et il n'y en aura jamais.
Le soir, nous allions au cinema voir "Musica y letra", une comedie tres sympa, que nous avons accompagnee d'un cangil gigante, une bassine geante de pop-corn sales, lesquels rivalisent bien avec les sucres, qui pour leur part n'existent pas ici.
Le lundi, nous sommes montes en teleferique a la cruz Loma, sur le volcan Rucu Pichincha, eteint, apprecier la vue imprenable sur Quito et ses environs, notamment sur les volcans. Puis ce fut l'heure des emplettes.
Ce soir la, nous avons bu un jus de melon, l'un des fruits preferes de Kindie, qui malgre une p'tite tourista de derniere minute n'a pas pu y resister (apres un an sans melon!)
Aujourd'hui, nous avons commence par le Panecillo (petit pain) ou se trouve la gigantesque statue de la Vierge de Quito: magnifique, avec ses ailes d'aigle et non pas d'ange et sa couronne d'etoiles. Elle marche sur le mal, un dragon enchaine sur le globe. D'ici, on a encore pu admirer la capitale de haut. Avons-nous grimper a l'interieur de la Vierge? Evidemment, pour une vue encore plus degagee que la veille sur les volcans Cayambe, Pichichan (ou nous etions perches d'ailleurs), Reventador et le Cotopaxi! Puis nous avons visite le musee de la banque centale qui retrace l'histoire du pays du Big Bang a nos jours. D'apres cette exposition, le premier etre vivant dont nous descendrions vivait dans l'Inde actuelle., puis en Afrique. Les humains d'Afrique auraient ensuite peuples l'Europe et l'Asie et enfin l'Amerique du Sud. Nous pouvions aussi voir la planete a son commencement, a l'epoque ou il n'y avait qu'un seul continent, l'epoque d'avant la separation. Apres la salle d'archeologie ou l'on peut notamment voir des cranes deformes, une pratique de la culture Machalilla sur les bebes, permettant d'indiquer le rang social; il y avait la salle d'or. La suivante etait la salle d'art colonial. Pour evangeliser, les espagnols ont amene des pieces d'art europeen. Les indigenes se sont appropries cet art et a travers lui cette religion et y ont introduit des elements de leur culture. Par exemple, nous avons vu dans des eglises de Quito, des representations de la Cene ou le Christ mange un cuy ou encore un tableau ou les apotres mangent des humitas. Cet art est appele l'ecole de Quito. Nous apprenions aussi que la revolution francaise avait inspire un sentiment de liberte et un desir d'independance aux peuples opprimes par la colonisation tel que l'Equateur. Il etait meme ecrit sur un panneau: "les yeux etaient tournes vers la France comme une culture ideale." Nous avons particulierement aime la salle d'art contemporain...
Encore quelques achats de souvenirs avant d'aller vous envoyer cette derniere newsletter d'Equateur. Demain, notre avion decolle a 11h pour Madrid que nous allons decouvrir pendant 3 jours. Nous venons de passer 6 mois a parcourir l'Amerique du sud (on ne compte plus les heures de bus ;-)) et quelle magie ca a ete! Notre voyage prend fin ce dimanche mais avant allons jouer des castagnettes au pays des tapas!
Dernierement notre bon vieil ami Joachim Du Bellay nous envoyait ce poeme, qui prenait pour nous un sens bien different de celui qu'il avait pris a l'epoque ou nous l'etudiions au lycee:
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge!
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine:
Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.
Ulysse et Penelope tirent leur reverence! Attention ce n'est pas la finale!
A nous l'Espagne!!!
A bientot sur le sol europeen... |