Nos premiers pas en Bolivie

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Bolivie - La Paz
de K, G et C, le 25-05-2007

Nos premiers pas en Bolivie

Notre route vers la Bolivie fut longue, secouante et odorante. Longue car apres un trajet de nuit vers Iquique, nous avons embarque pour 8h de pistes silloneuses sur l’Altiplano (les hauts plateaux s’etendant sur la Bolivie, le sud du Perou, le nord du Chili et le nord-ouest de l’Argentine). Secouante car toutes les routes ne sont pas bitumees et ayant un bus tout terrain, le chauffeur n’hesitait pas a “appuyer sur le champignon”. Et enfin, vous allez partager avec nous les joies du transport en commun ou encore l’authenticite de notre voyage dans le petit dialogue qui suit:
Guillaume: “C’est quoi cette odeur?!”
Kindie: “J’sais pas! Ouvre la fenetre, je vais vomir!”
Guillaume, une minute plus tard: “Je crois que c’est la dame derriere nous, avec son gros panier, qui sent la transpiration!”
Kindie: “Non, c’est pas possible…”
Cette dame nous demandait plus tard de fermer la fenetre. C’est vrai qu’il faisait tres froid, mais nous avions des hauts-le-coeur en ne respirant pourtant que par la bouche. Nous trichions en ne fermant pas completement.
Oui ce n’etait pas possible. Nous comprenions plus tard, dans un autre bus, que le gros sac de la dame contenait surement de la viande faisandee. En effet, depuis, nous avons vu plusieurs fois des senoras avec leurs gros paniers en proposer pendant le trajet. Mais soyez tranquille, nous n'avons pas encore trouve comment creer un album odeur sur le blog ;-)
Mais la route n'etait pas seulement longue, secouante et odorante, elle etait surtout pleine de reminiscences pour nous. En effet, ces magnifiques paysages nous rappelaient les hauts plateaux du Tibet, depourvus de vegetation.
Pourquoi ne pas remonter la Bolivie du sud au nord nous direz-vous? Nous apprenions au Chili que le papa et la soeur de Guillaume allaient nous rejoindre en Bolivie debut juin. Nous decidions alors de faire le sud avec eux et donc de decouvrir le nord du pays avant d'aller les cueillir a La Paz.
Nous nous sommes immediatement sentis bien en Bolivie et avons tout de suite aime les boliviens. Leur contact est souvent timide et amical a la fois. C'est un autre monde ou tout nous etonne. Nous restons parfois bouche bee face a cette difference: les vetements traditionnels des femmes, pleins de couleurs et leur chapeau melon recouvrant leurs grandes tresses noires! Et le pompon, c'est le cas de le dire, ce sont les petites perles ou les morceaux de laines qui decorent le bout de leurs nattes! Comme dit Kindie: "elles sont feminines jusqu'au bout des cheveux!" Elles ont des jupes bouffantes qui les
font paraitre toutes rondes et on voit leurs jambes toutes menues depasser, c'est marrant. Biensur, les plus jeunes femmes sont souvent en jean avec des petits hauts moulants, a l'europeenne. Elles sont d'ailleurs plutot jolies les boliviennes. Parfois a leur facon de nous observer, on pense: eux aussi doivent etre etonnes de notre difference!
Il etait tard quand nous arrivions a Oruro, une ville situee a 3702m d'altitude. C'est sans doute pour cette derniere info que nous avons eu des tremblements toute cette nuit la et quelques difficultes a respirer.
Le lendemain matin, apres une bonne douche bien fraiche, nous allions apprivoiser les rues d'Oruro. Les marchands pressent votre jus d'orange sous vos yeux, c'est un delice. Deux gamins avec d'enormes caisses qu'ils accrochent autour de leur cou vendent des empanadas pour un bolivianito comme ils disent. La monnaie ici est le boliviano et 1 dollar vaut 8 bolivianos. Nous sommes dans un des pays les plus pauvres d'Amerique du Sud... Le "ito" signifie "un petit boliviano". Les boliviens ajoutent souvent ce
"ito" a la fin des mots. Ainsi un momentito signifie d'attendre un petit moment. Ce matin, un vendeur disait a son petit garcon avec qui Kindie discutait de faire un besito a la senora : un petit bisous. Et ce petit suffixe va si bien aux bolivianitos, si delicats. Tiens "bolivianitos", c'est bien trouve car ils sont souvent petits les boliviens! D'ailleurs Guillaume doit s'y habituer et heureusement qu'il a la tete dure car il se cogne partout, etant plus grand que les portes d'entree. Ouille! Ouille! Ouille! Dans le minibus, que nous prenions pour rejoindre le centre ville apres notre desayuno, notre Guillaume ne savait pas ou caser ses grandes jambes. "Mais ils sont tout petit ici! Je ne rentre pas! Regarde!" S'etonnait-il alors que pour Kindie, c'est parfait. "Je me sentirais presque grande, c'est vous dire!" ;-)
Guillaume lui confiait alors qu'il devait se baisser dans la douche car le pommeau est plus bas que sa tete. Imaginer la scene a bien fait rire Miss Catastrophe. C'etait enfin a son tour de se marrer... Nous allions donc dans le centre et assis sur un banc de la Plaza 10 de febrero, nous admirions les quirquinchos. Oui c'est ainsi que sont appeles les habitants d'Oruro, en majorite de culture indienne. Quirquinchos signifie tatous car ils utilisaient autrefois la carapace de ces animaux pour fabriquer leurs instruments de musique: les charangos (c'est aujourd'hui interdit, pourtant cf. photo). C'est dimanche et pourtant de nombreux eleves en uniforme se promenent dans les rues. Certains sont amoureux, main dans la main, sourire aux levres, ils se becotent sur les bancs publics. Mais pourquoi sont-ils en uniforme un dimanche?
Aujourd'hui, c'est la fete trimestrielle du college. Il y a une journee porte ouverte. Une maman nous entend nous interroger alors que nous passons devant une cours de college tres animee. "Entrez! Entrez!", nous dit-elle. Les eleves presentent leur travail a leurs parents et aux autres eleves, qui prennent des notes (cf. videos). Leurs exposes sur les animaux sont affiches sur de grands panneaux. C'est du bon boulot!
Les collines alentours sont riches en cuivre. Nous assistions d'ailleurs a la greve des mineurs, de vieilles personnes usees par la mine, jusqu'a 70 ans. Ils avaient marche toute la journee dans les rues en reclamant leur du: un salaire plus eleve.
"Ce sont ces gens la qui devraient avoir les meilleurs salaires!", disait Guillaume, revolte. Nous faisions ensuite le marche de la ville: un plaisir! Le soir, nous allions au cinema en pensant nous rechauffer un peu et perfectionner notre castelliano. Manque de bol, le cinema n'etait pas chauffe et le film, en chinois et sous titre en espagnol: "la maledicion de la flodorada", un peu trop sanglant pour nous. Un moment sympa quand meme.
Le lendemain matin, il avait fait tellement froid que l'eau etait gelee dans les canalisations. Tant pis pour la douche, de toutes facons la douche froide a cette altitude c'est une veritable epreuve... Aujourd'hui, nous allons au phare de Conchupata pour dominer la ville: c'est vraiment beau. A la cime du phare, le drapeau bolivien rouge, or et vert, est secoue par le vent et ceci depuis 1851, ou il fut eleve pour la premiere fois dans le pays. Le rouge pour le courage de l'armee bolivienne, l'or pour les
richesses minerales du pays et enfin le vert pour ses ressources agricoles.
Nous allions ensuite vous raconter San Pedro de Atacama ou nos derniers pas au Chili.
Quelques heures plus tard, nous etions assis sur un banc a macher de la coca avec un bout de legia, composee de bicarbonate de soude, de pomme de terre et de cendre de quinoa, qui sert a extraire la substance de la feuille. Ici, macher de la coca est culturelle. Autrefois, cette feuille etait meme une monnaie d'echange. D'ailleurs, nous avons pu constater qu'il etait bienvenu d'en offrir une poignee notamment aux presonnes qui mendient. La coca aide a lutter contre le mal de l'altitude; c'est aussi un coupe faim et elle stimule lesysteme nerveux central. De plus, elle a des proprietes anesthesiantes. Tragiquement, elle est utilisee pour fabriquer des drogues dures et mortelles telle que la cocaine.
Le lendemain, nous etions reveilles par les appels de la rue: "Cochabamba a a a! Cochabamba a a a! Cochabamba a a a!" et ca tombait bien car nous avions decide d'embarquer aujourd'hui pour cette destination. Toujours pas de douche, nous n'avons pas le temps d'attendre que la glace fonde dans les canalisations!!! Nos gamins aux empanadas
ont un grand sourire en nous voyant, ils savent qu'ils vont gagner un bolivianito chacun. C'est craquant de voir les p'tites bouilles des nourrissons depasser du tissu de toutes les couleurs que la maman porte sur son dos. Dans le bus, un homme fait son "speech" pour vendre ses remedes a base de coca. Nous avons peur que cela dure tout le trajet... Une grand-mere est la pour prendre soin de nous. Elle nous explique comment baisser nos sieges pour apprecier le "Seigneur des anneaux" que le "joven" (jeune) comme elle l'appelle vient de mettre en route. Un homme rentre et tend son ticket a Kindie, qui l'amene a son siege. Il ne savait sans doute pas lire... En retraversant le bus, Kindie passe devant notre grand-mere aux belles rides. La mamie s'amuse a lui barrer le passage avec son bras: grands eclats de rire et regards complices sont echanges. Instants magiques. En passant pres de nous quelques minutes apres, elle s'amusera a nous chatouiller et le caballero (jeune homme, Guillaume ici), il craint les chatouilles dira-t-elle en se penchant sur lui pour des guilis guilis. Quel beau sourire!
Cochabamba, c'est plus bas: 2558m et donc plus chaud. Ha! Cochabamba signifie "plaine marecageuse". Oui ici 2558m, c'est la plaine! Aujourd'hui, nous prendrons enfin une douche mais dans un hotel tellement sale que nous ne nous sentirons pas plus propre apres l'epreuve... Un p'tit tour au marche, c'est toujours agreable. Kindie se fait faire des petits dessins sur les ongles, tres a la mode ici. Et oui elles sont aussi feminines jusqu'au bout des ongles les boliviennes! Puis c'est l'heure du cine et vous n'allez pas y croire: c'est encore rate pour les progres en castelliano! Le film passe en anglais mais il est sous titre en espagnol. Mais bon Spiderman 3, c'etait quand meme pas mal. Nous voulions ce soir gouter a la chicha mais c'etait difficile d'en trouver. Guillaume s'est mis a reciter le poeme ecrit dans notre guide au jeune du guichet du cinema:
Chicha quiero, chicha busco,
Por chicha, mis paseos
Senora, deme un vasito
Para cumplir mis deseos

Je veux de la chicha
Je cherche de la chicha
C'est pour la chicha que je me promene
Madame, donnez-moi un verre pour etancher ma soif.

Le jeune a bien ri et nous a indique un endroit. Mais pour l'atteindre, nous empruntions des rues tres sombres. Le patron du lieu nous a dit de partir vite. C'est tres dangereux pour vous ici, a cette heure nous expliquait-il en faisant signe qu'on allait se faire couper la tete. Oh! Oh! Guillaume a du rassurer Kindie jusqu'a l'hotel tellement ca l'a effrayee!
Le lendemain, nous allions voir le Cristo de la Concordia sur le cerro (le mont) San Pedro. Figurez-vous que ce Cristo est plus grand que le Cristo Redentor de Rio, qui mesure 33m. Les gens du pays se justifient en disant que Jesus a vecu "33 ans y un poquito" (33 ans et quelques). Nous avons pris le teleferico car l'homme du guichet nous a dit qu'il y avait des agressions de touristes sur le chemin. Decidement, ca ne nous rassure pas tout ca!
En tout cas, de la haut, on voit toute l'immense ville de Cochabamba de 600000 habitants et c'est plutot pas mal du tout comme apercu!
Nous retournons au marche et goutons enfin a la chicha, alcool de mais pas fort du tout. Puis il nous arrive quelques aventures un peu dures que Kindie raconte dans son journal intime:
" Ce soir, c'est trop dur. Il y a eu ces 2 vieilles mendiantes auxquelles nous donnions nos hamacs (ceux de la croisiere sur l'Amazone) pour en faire une couverture. Quand on pense qu'elles dorment dehors. L'une d'elle etait si maigre, elle ne portait qu'un tee-shirt... Ca me rend malade. Guillaume est si touchant quand il dit que ca a du sens pour lui d'avoir porte ces hamacs jusqu'ici parce qu'ils etaient destines a ces gens. Et puis, il y a eu ce petit gamin qui m'a demande une piece dans le cyber alors qu'on declarait nos impots et qu'on commencait a reflechir aux mouvements des mutations pour septembre. Comme on ne donne jaimais d'argent, je lui ai file mon short du Bresil. J'avais rien d'autre dans mon sac a part Charlie... Je n'ai jamais eu droit a un plus beau merci de ma vie. Je lui ai dit: "quieres?" (tu veux?), et le gamin l'a mis par dessus son pantalon pour voir si ca lui allait. C'etait trois fois trop grand. Il a dit "si!" Je lui ai carresse la joue en disant "ok". Il m'a regarde dans les yeux. J'ai senti qu'il etait touche. Et c'est la que j'ai eu droit au plus beau merci de ma vie: "gracias!" On aurait dit que je venais de lui offrir la lune. J'ai pense: c'est peut-etre la premiere fois que quelqu'un lui fait un cadeau. Ca m'a bouleversee. Impossible de poursuivre. Apres diner, nous marchions dans les rues quand nous assistions a une scene dramatique. Un homme et une femme se disputaient. Elle avait bu. Soudain il l'a attrapee pour l'amener un peu plus loin. Elle se debattait. Et puis il s'est mis a la battre. Nous avons couru pour empecher ca. La femme avait le visage plein de sang. Guillaume retenait l'homme en disant: "es una mujer!" (c'est une femme!) et moi je poursuivais "es prohibido!" (c'est interdit!) et nous devions nous mettre entre les deux pour que ca cesse. Une gamine dans la rue a appele des policiers qui circulaient et ils ont pris le relais. Pendant que j'ecris ces lignes pour me soulager, en fait, il y a un handicape qui promene son enfant derriere "son fauteuil" en mendiant et un jeune homme (sans dent) qui sent l'alcool et la transpiration qui me demande une piece. V'la un autre jeune (sans jambe) cette fois qui passe a cote de moi. J'en peux plus de ces images. Non ce soir, c'est vraiment trop dur................"
Le bus nous emmenera cette nuit a La Paz, nous ne reussirons pas a fermer l'oeil. Arrives a la gare, nous rencontrons un couple de tahitiens originaire de Bretagne qui avait fait l'excursion dans le Salar d'Atacama avec nous. C'est l'occasion de partager un mate de coca. Guillaume, fatigue, pose son porte-monnaie sur le comptoir en attendant que la serveuse lui rende la monnaie. Au lieu de cela, il semblerait qu'elle ait saisi une seconde d'inattention pour s'emparer de la notre. Permettez-nous de ne pas
relater tout ce passage, nous sommes un peu amers. Enfin, il n'y a rien de grave, cela fait partie du voyage... Ce jour la, nous avons fait les voeux de mutation de Kindie et avons fait la sieste de l'annee! Aujourd'hui, nous avons programme les jours suivants qui s'annoncent plutot sportifs. Le voleur qui a essaye de faire les poches a Kindie dans la rue cet apres-midi n'a pas eu de bol! Et oui, elle est mefiante apres tout ca!
Bientot, la route de la mort, les ruines de Tiahuanaco et le Huayana Potosi a 6088m d'altitude. Enfin encore faut-il y arriver! Nous relevons le defi.
Grosses bises, K, G et C.

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