Ce sont des paysages nouveaux qui defilent sous nos yeux a travers les fenetres du bus. La pampa a laisse place a la steppe patagonienne (les arbustes sont plus petits et les racines plus profondes pour aller puiser l'eau). Nous sommes en tongues et pensons a nos petits petons qui vont geler sur place lorsqu'ils se poseront sur le sol de Puerto Madryn. Oui, il est temps de se resigner a ranger les tongues au fond du sac a dos, mais c'est pour la Patagonie. Un mot pareil vaut bien ce petit sacrifice... Nous arrivions le 20 avril apres 19h de bus qui avaient ete bien animees entre pause the ou cafe, dvd, musiques argentines, plateau repas et meme un bingo (l'equivalent de notre loto municipal ou il faut faire carton plein) avec a gagner une bouteille de vin rouge du pays, qui ne fut pas pour nous ;-( Nous trouvions un hotel qui sentait tres bon cette fois-ci... ;-)
Nous allions ensuite pique-niquer devant el Golfo nuevo. Puis nous decidions de visiter l'Ecocentro. Pour l'atteindre, nous longions la costanera (la cote) quand soudain... Devinez ce que nous vimes nager dans l'eau! Un elephant de mer! Sur le coup, nous avons cru voir une baleine, nous etions comme des fous, des fous de joie! Il etait enorme et se deplacait tres rapidement.
A l'Ecocentro, nous decouvrons l'ecosysteme marin de la region et apprenons qu'un lion de mer et une otarie, c'est la meme chose mais otarie est le nom scientifique. Nous observons que les males ont de la fourrure autour du cou. C'est sans doute pour cela qu'on appelle ces animaux les lions de mer. Quant aux elephants de mer, ils ont une sorte de trompe enorme a la place du nez a l'age adulte. D'ou leur appelation. Dans une piece tres climatisee pour nous plonger dans l'ambiance, nous pouvons ecouter "les voix des baleines", comme l'a intitule Enrique Banfi, qui a fait l'installation sonore. Nous avons passe une quinzaine de minutes dans cette salle, impressiones par "cette musique" des fonds marins. Nous avons fait des enregistrements pour vous en faire profiter (cf. album audio).
Le soir, nous mangions nos casse-croute sur un banc de la Plaza San Martin, dans la paisible ville de Puerto Madryn. Paisible et pourtant animee par ses 80000 habitants. Cette ville, comme 3 autres villes de Patagonie, fut fondee par les gallois. En effet, ceux-ci ne supportant plus la domination anglaise demanderent a la fin du XIXeme siecle a l'Argentine, un bout de terre pour perpetuer leurs traditions. L'Argentine leur octroya.
Vous vous dites "mais pourquoi ont-ils choisi d'aller a Puerto Madryn?" Pour voir l'Ecocentro? Nous ne savions meme pas qu'il existait. Pour faire une halte sur le chemin? Oui, en partie car c'est sur notre route et les distances sont tellement grandes qu'il vaut mieux faire des pauses. Mais ce n'est pas la raison principale. Si nous sommes venus ici c'est parce que Puerto Madryn est la porte d'entree de la Peninsula Valdes. On dirait plus une presqu'ile qu'une peninsule, mais la n'est pas le sujet, cet endroit est unique au monde pour sa faune. Le site est d'ailleurs classe au Patrimoine de l'UNESCO. Pour tout vous dire, nous etions venus ici pour voir les pingouins et les baleines franches australes. Nous apprenions en questionnant les agences de tourisme que les derniers pingouins sont partis il y a une semaine et que les baleines viennent par centaines
s'ebattrent dans les golfs bordant la peninsule de juin a decembre. Tant pis, ca sera pour une autre fois... Nous gardons bon pied bon oeil car demain 21 avril, c'est l'anniversaire de Guillaume et la peninsule reserve d'autres surprises...
Le lendemain matin, nous resortions nos blousons achetes au Tibet et utilises pour la derniere fois au Nepal! La temperature n'est plus celle de Buenos Aires, en tous cas le matin car dans la journee ca se rechauffe.
8h30, nous partons en camionette en compagnie de notre guide et d'autres touristes. L'Europe y est d'ailleurs bien representee: 2 espagnoles, 2 finlandais, 1 allemand, 2 francais et leur canard. Il y a aussi plusieurs argentins qui leur thermo sous le bras font circuler leur traditionnel mate de main en main, ou plutot de bouche en bouche. Cette boisson possede des vertus therapeutiques indeniables mais ce n'est pas la raison pour laquelle les argentins en raffolent. En effet, c'est la convivialite qui fait le charme de leur mate national car comme ils disent "boire un mate seul c'est un peu triste".
Mais revenons a nos moutons, nous voici partis pour une journee de visite de la peninsule et de ses secrets. Et en parlant de moutons, c'est le premier animal que nous avons pu voir apres etre passes sur l'isthme nous menant a la peninsule. Il y a plusieurs estancias (fermes) et la plus grande d'entre elles compte un domaine de 15000 hectares de steppe patagonienne ou les moutons paissent tranquillement. Il s'agit d'une espece particuliere de moutons. Elle s'est adaptee au climat difficile de la region. Un mouton broute 4 hectares de steppe a l'annee et produit 5kg de laine a lui tout seul! A defaut de voir les baleines et les pingouins nous allons un peu vous en parler. Une baleine peut atteindre 16m de long et peser jusqu'a 50 tonnes. Elle s'alimente de krill et de plancton qu'elle laisse passer entre les immenses fanons de sa gueule (les fanons sont separes de 1 a 2cm) puis elle colle sa langue au palais, laissant ainsi sortir l'eau par ses orifices lateraux, conservant donc la nourriture. Bien qu'elle n'ait pas de dent, elle mange plus d'une tonne par jour. Lorsqu'elle met bas un balleineau, ce dernier reste pendant un an a nager sous son ventre pour s'alimenter en lait. Ce gros bebe boit l'equivalent d'un biberon de 250l de lait par jour! Il n'a qu'a toucher du bout de son museau un petit orifice sous le ventre de la maman pour que du lait s'en libere. Et comme ce lait est tres riche et se dissout difficilement dans l'eau, le balleineau peut l'attraper sans
probleme. Pas belle la nature ?
Quant a nos amis les pingouins qui sont ici les pingouins de Magellan, ils sont partis pour 5 mois en empruntant un courant froid jusqu'a la latitude de Rio de Janeiro. Pendant toute cette periode, ils ne toucheront pas la terre ferme, l'eau sera leur seul habitat. Ils reviendront a la peninsule, en se laissant porter par les courants chauds descendants. Il faut savoir que les pingouins sont aussi fideles que les hyppocampes. Lorsqu'un couple se forme, c'est pour la vie. Le couple se separe generalement pour faire ce grand voyage puis nos pingouins amoureux retournent dans le nid qu'ils avaient quitte 5 mois auparavant, pour agrandir la famille.
Nous refermons la parenthese sur les baleines et les pingouins, nous sommes en route pour Punta Cantor ou nous allons observer une colonie d'elephants de mer. En chemin, nous voyons des guanacos, une espece de lama, la seule presente en Argentine. Ils sont tres beaux mais peureux. Ils se promenent en famille: le male et ses 4 ou 5 femelles et les petits guanacos. Nous voyons des animaux tres ressemblants aux autruches. Il s'agit en fait du nandou, le plus grand oiseau d'Amerique, une espece protegees car en danger.
Nous n'avons pas pu approcher de trop pres les elephants de mer pour ne pas les deranger. Ils etaient tous en train de prendre un bain de soleil, zen! Il faut savoir que la femelle abandonne son bebe apres 19 jours! Dure la vie d'elephanteaux de mer! Cet animal plonge en general a 1km de profondeur pour se nourrir et reste environ 23 minutes en apnee. Nous reprenons la route vers la Punta Norte, apercevant des sortes de perdrix et toujours autant de guanacos et de nandous dans la steppe. En arrivant, nous comprenons pourquoi Antoine de Saint Exupery a fait d'un gentil petit renard l'ami de son fameux Petit Prince. L'ecrivain-aviateur francais qui connaissait si bien cette region pour l'avoir survolee et pour avoir ete directeur de l'Aeropostal Argentina de 1929 a 1931, a en effet du rencontrer lui aussi les renards gris (ou zorros) que nous avons pu approcher en ce 21 avril. Il paraitrait meme que la forme d'une ile se situant non loin de la peninsule Valdes a inspire le dessin du boa en train de digerer un elephant. Ce chef-d'oeuvre de la litterature francaise, nous l'avons croise dans la plupart des librairies des pays que nous avons traverses.
Les surprises n'ont pas tari, nous avons eu le plaisir d'observer des colonies de lions de mer, enfin il s'agissait des mamans et leurs petits. A cet endroit, lorsque la maree est haute, les orques pointent le bout de leur nageoire dorsale (grande pour les males et plus petite pour les femelles). Ils viennent tous les 2 ou 3 jours nous a dit notre guide, mais nous ne fumes pas chanceux. La ou nous avons vraiment eu de la chance, c'est quand nous avons approche cet animal semblant venir de la prehistoire: le tatou (peludo). Il n'etait pas farouche et il suffisait de faire semblant de lui tendre a manger pour qu'il s'approche. D'ailleurs notre Charlie non plus n'est pas farouche: il est alle se mettre sous son museau pour une photo souvenir. Bien entendu nous ne faisions que semblant car donner de la nourriture a des animaux sauvages bouleverse leurs habitudes alimentaires ainsi que leur comportement, a tel point qu'ils deviennent dependants de l'homme, ce qui est nefaste pour l'espece en question. Nous vous laissons decouvrir cet animal en image avec les photos et videos.
Quelle belle et peu commune journee d'anniversaire! De retour a Puerto Madryn, nous avons termine cette journee en beaute par un bon restaurant ou Guillaume s'est vu bluffer par Kindie lorsque le serveur a apporte un dessert surmonte d'une bougie "chalumeau"! FELIZ CUMPLEANO GUILLAUME!
Le lendemain, nous vous racontons l'Uruguay dans un cyber de Puerto Madryn.
A 16h, nous embarquons pour 19h de bus via Rio Gallegos. Quand nous arrivons, le lendemain matin, le bus pour Ushuaia vient de partir. Nous dormirons donc ici. Les connexions Internet sont tres lentes ici, nous decidons de seulement taper la newsletter que voici
mais mauvaise manip, nous l'avons perdue. Le lendemain, 12h de bus nous emmenerons en Terre de feu. Nous passons la frontiere du Chili. Le bus embarque sur le ferry pour traverser le detroit de Magellan (il separe la Terre de feu du continent), puis descendons jusqu'a la ville de San Sebastian ou nous passons la frontiere argentine, recuperant au passage une rafale de tampons sur nos passeports. Apres encore quelques heures de bus, nous arrivons a la fin du monde, dans la mythique et tant attendue Ushuaia.
A bientot chers lecteurs pour decouvrir la ville la plus au sud de la Terre et comme disent les argentins: "suerte!" (On peut traduire ce mot par "que la vie vous sourit!")
PS1: En Argentine, nous avons -5h de decalage horaire avec la France.
PS2: Toutes les photos jusqu'au moment present sont en ligne.